Mardi 7 juillet 2009
Un sourire qu'elle avait crû doux s'était fait soudain carnassier
Rongeant sa chaire plus dur que le sel.
Ses yeux se fendirent avec l'éclat d'une lame d'onyx
Son front lisse fendant les ténèbres.
Elle laissa échapper un chant, sa main caressant l'eau d'un lac peuplé d'étoiles.
Et les pelages gris argents des animaux des bois
Se refletèrent à son passage sur sa peau de lait.

Elle connaissait le chemin maintenant,
De simples ondulations de ses hanches guidant la barque.
Elle se pencha en arrière,
Ses cheveux couvrant l'eau comme des nénuphars,
Quand sa main sous l'eau bleuie par les algues
Glissait paresseuse sous la surface.
Ophélia, sans désespoir,
Elle se joua de ce reflet du bout des ongles.


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Lundi 25 mai 2009
Corre o vento, o río pasa
corren nubes, nubes corren
camiño da miña casa.

{Rosalia de Castro. Cantares Gallegos. 1863}
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Mercredi 15 avril 2009

U

Elle s'était arrêtée humant l'air, frissonnante, les yeux grands ouverts.
La brise avait soulevé la digue, emporté les passants dans un soupir.
Sur la plage, elle était seule maintenant, son buste balançant d'avant en arrière sous les caresses impétueuses des volées d'embrunt. L'étole rouge avait glissé de ses épaules et elle la retenait d'une main. Elle battait au vent tel un étendard. Aussi loin que son regard pouvait porter, l'autre rive s'était dissoute dans le sel des vagues, elixir d'exil sans promesses de retour. Un homme parait-il,  s'était noyé dans la dernière tempête et on n'avait jamais retrouvé son corps.

Elle restait songeuse sans savoir s'il était s'écoulé une minute ou une heure quand des vents rapides se jetèrent sur elle, soulevèrent sa robe fine et léchèrent ses jambes nues. Une bourrasque trempée mouilla sa robe des pieds à la tête, l'aveugla sournoisement et s'éteint aussitôt.

Dans son dos,  la ville suintait encore d'ondes chaudes et rassurantes. Devant elle, le mur glacial des vagues .

Le vent hautain s'amusa à dénuder ses épaules. Elle ne fit pas un geste pour l'en empêcher. Les bretelles fines glissèrent le long de ses bras et de nouvelles rafales fouettèrent sa peau nue.
Les vagues avaient rétréci le rivage, gonflées d'aisance et jubilatoires, elles gagnaient du terrain petit à petit.

Autour d'elle, elle sentit l'air se compresser, la retenant immobile comme une statue de sel. L'air chaud refluait, les vagues aspiraient maintenant la quiétude chaude de la plage. Il faisait froid. Ses yeux étaient mouillés de larmes de mer.

Une lame de glace lui coupa le souffle.

Alors, d'un geste vif, elle  saisit son étole et s'en abrita tandis que la pluie s'abattait drument sur elle.

Puis, sans se hâter et après un dernier regard sur la mer gris d'acier et bavante, elle s'en retourna vers la digue.

L'orage passait son chemin, filant vers le nord. Bientôt il ne resterait plus qu'une eau frissonnante, une plage vierge.

La saison des grandes tempêtes n'était pas encore venue.

 

 

 

 

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Jeudi 2 avril 2009

E

Dans le silence, elle buvait son café, les yeux sur le front de mer.
Entre les nuages, une rosée de soleil fondait sur la plage, creusant dans le sable de subtiles reliefs. Il fallait plisser les yeux pour suivre les métamorphoses de ce visage d'eau qui sans cesse mutait.
Chaque matin, elle s'oubliait dans ce diaporama sans cadre, comme n'ayant plus de corps, ou ne pensant à rien. Elle était les yeux de métal. Qu'elle les fermât un instant et l'image était condamnée à ne plus exister sur terre. Tout était perdu, alors.

Il eût été si facile de prendre une photo, se disait-elle assise.
A quoi bon? Elle pressentait que ce geste l'enfermerait dans une obsession illusoire du contrôle et de l'accessoire. Elle pouvait vivre sans, avec pour témoins sa mémoire et le feu de ses rêves.

Plus tard, sur la digue, quelques badauds croisaient sa silhouette longiligne, ses yeux fendus, sa bouche de craie. Et soudain, s'éloignant sur la jetée de bois flottant , elle s'animait sous leurs regards, ses pieds nus dansant sur les planches tièdes tandis que le sablier des dunes s'égrenait muettement.


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Samedi 21 mars 2009
Mélange ton corps
Ramasse tes sens
Appuie ton regard
Sur le haut de ma cuisse

Sous ma jupe fendue
Dans le métro,
Je laisse tes doigts filer ma chaire claire
Et mes veines, sous tes pressions légères
Lâches, les mailles de ma résistance

La peau tendue
vers la paume de ta main
Comment ne pas te supplier
D'arrêter...

Continue,
Je garde ta main
Rétive, à ce doux filage
je suis encore captive
Tandis que tes doigts
M'effleurent la couture

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Samedi 21 mars 2009
Tu parles, tu parles
Tu fais des gestes.
Poupée mécanique
Tes paupières clignent
Quand tu rigoles.
Tes doigts s'agitent
Tire les ficelles,
rien au hasard :
Tout est bien huilé.
Tout est donc parfait,
Poupée mécanique?


Où es ton âme?
Poupée mécanique
T'es pas de chair,
T'es pas de sang;
Pas de fluide, pas d'humeur.
T'es juste plastique,
juste esthétique.
Poupée mécanique!



Quand tu parles
on te regarde
Mais quand tu t'tais
on te voit plus
Où t'es passée
Poupée mécanique..
T'as jamais pensé à couper les fils?



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Mercredi 4 février 2009
Tu respires ...
Ton sang...
Tes regards...
Sans souffle,
Le ventre comme un tambour
Je te veux... plus près de moi encore

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Mardi 14 octobre 2008

Et puis d'un coup, sur le ponton
où nous étions allongés
Un disque rouge a enflammé nos paupières.
Le ciel bleu
a fait taire la mer
Ce n'est pas l'aube, c'est mieux


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Dimanche 12 octobre 2008

Le poste de télévision grésille depuis le matin sur la même fréquence : un écran strié de rayures crachant des ersatz de voix incompréhensibles.  Zder écrase sa clope dans le cendrier sale, repousse la chaise sur laquelle il est assis. Il fait un froid de canard. Le poêle a cessé de fonctionner au-milieu de la nuit. Descendant les escaliers, il se jette dehors.

Les façades de béton dense se serrent le long des avenues désertes, quand sur le terre-plein central les troncs des arbres penchent à toucher le sol. Sur les murs, les affiches placardent de pâles copies conformes, des rock star muets qui n’ont plus qu’une bouche  traversée d’une zébrure. Du bout des doigts, Zder attrape le papier de l’affiche déchirée et tire, étire un rictus jusqu’à la béance du mur de parpaing, agite les doigts pour l’en décoller. Il recommence sur une autre affiche, colle une bouche démesurée sur un front trop petit. Puis, ennuyé, il reprend sa marche.

Rien que le bourdement des machines alentour. Ni le bruit d’une voix, ni celui d’un rire. Un grésillement de nœuds électriques, lacis de générateurs et d'interférences magnétiques, semblable au bruit d'une mouche énorme. Le grésillement, de plus en plus audible, remplit ses oreilles pendant qu’une pancarte publicitaire représentant un couple figé s’effondre silencieusement à dix pas de lui sans qu’il y prête attention.

Le silence industriel parcourant l’échine de la ville le hérisse d’un frisson froid.  Les usines, immobiles, contemplent le fleuve et chuchotent entre elles. Le murmure sidéral s’abat sur la ville comme une pluie d’ozone…

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Mercredi 17 septembre 2008

Les fleurs dans tes cheveux se sont transformées en fer forgé, ta lumière en halo s'est irisée à l'intérieur de toi, tes gestes se sont mués en intention, ton regard a lâché la sphère pour un rayon qui passait
Ta beauté inévitable s'est faite intermittente, polaire
Ta joie de vivre s'est détournée comme une invitée
Ta force s'est ramassé au creux de ton ventre
bondissante comme un ressort
Pourtant tu es là, enfantine
Tes ailes cristallines sont gainées d'acier 

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