Dans le silence, elle buvait son café, les yeux sur le front de mer.
Entre les nuages, une rosée de soleil fondait sur la plage, creusant dans le sable de subtiles reliefs. Il fallait plisser les yeux pour suivre les métamorphoses de ce visage d'eau qui sans cesse
mutait.
Chaque matin, elle s'oubliait dans ce diaporama sans cadre, comme n'ayant plus de corps, ou ne pensant à rien. Elle était les yeux de métal. Qu'elle les fermât un instant et l'image était condamnée
à ne plus exister sur terre. Tout était perdu, alors.
Il eût été si facile de prendre une photo, se disait-elle assise.
A quoi bon? Elle pressentait que ce geste l'enfermerait dans une obsession illusoire du contrôle et de l'accessoire. Elle pouvait vivre sans, avec pour témoins sa mémoire et le feu de ses
rêves.
Plus tard, sur la digue, quelques badauds croisaient sa silhouette longiligne, ses yeux fendus, sa bouche de craie. Et soudain, s'éloignant sur la jetée de bois flottant , elle s'animait sous leurs
regards, ses pieds nus dansant sur les planches tièdes tandis que le sablier des dunes s'égrenait muettement.
Par La Discrète
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