Mercredi 15 avril 2009

Elle s'était arrêtée humant l'air, frissonnante, les yeux grands ouverts.
La brise avait soulevé la digue, emporté les passants dans un soupir.
Sur la plage, elle était seule maintenant, son buste balançant d'avant en arrière sous les caresses impétueuses des volées d'embrunt. L'étole rouge avait glissé de ses épaules et elle la retenait d'une main. Elle battait au vent tel un étendard. Aussi loin que son regard pouvait porter, l'autre rive s'était dissoute dans le sel des vagues, elixir d'exil sans promesses de retour. Un homme parait-il,  s'était noyé dans la dernière tempête et on n'avait jamais retrouvé son corps.

Elle restait songeuse sans savoir s'il était s'écoulé une minute ou une heure quand des vents rapides se jetèrent sur elle, soulevèrent sa robe fine et léchèrent ses jambes nues. Une bourrasque trempée mouilla sa robe des pieds à la tête, l'aveugla sournoisement et s'éteint aussitôt.

Dans son dos,  la ville suintait encore d'ondes chaudes et rassurantes. Devant elle, le mur glacial des vagues .

Le vent hautain s'amusa à dénuder ses épaules. Elle ne fit pas un geste pour l'en empêcher. Les bretelles fines glissèrent le long de ses bras et de nouvelles rafales fouettèrent sa peau nue.
Les vagues avaient rétréci le rivage, gonflées d'aisance et jubilatoires, elles gagnaient du terrain petit à petit.

Autour d'elle, elle sentit l'air se compresser, la retenant immobile comme une statue de sel. L'air chaud refluait, les vagues aspiraient maintenant la quiétude chaude de la plage. Il faisait froid. Ses yeux étaient mouillés de larmes de mer.

Une lame de glace lui coupa le souffle.

Alors, d'un geste vif, elle  saisit son étole et s'en abrita tandis que la pluie s'abattait drument sur elle.

Puis, sans se hâter et après un dernier regard sur la mer gris d'acier et bavante, elle s'en retourna vers la digue.

L'orage passait son chemin, filant vers le nord. Bientôt il ne resterait plus qu'une eau frissonnante, une plage vierge.

La saison des grandes tempêtes n'était pas encore venue.

 

 

 

 

Par La Discrète - Publié dans : textes
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Commentaires

J'adore la façon dont tu sensualises (ça existe ce mot là ?) le choc entre entre la mer et le corps de la femme. En plus, on y est pour de vrai. Bravo guapa! Muxu
Commentaire n°1 posté par delphine+alpin+ricaud le 16/04/2009 à 13h08
si ça n'existe pas, ça existera :D beijos
Réponse de La Discrète le 23/04/2009 à 00h56
préviens moi lorsque les grandes marées seront là, je ne veux rien manquer ...
Commentaire n°2 posté par zaq le 16/04/2009 à 15h54
:) tu entendras de loin mon appel...
Réponse de La Discrète le 23/04/2009 à 00h57
Arrivée par hasard, au détour d'un salut chez Kronsilds, je reviendrai. Et je sais pourquoi... J'adore. On sent un bon tempérament sanguin qui éclabousse ce blog...
Commentaire n°3 posté par Beatrice Duka le 27/05/2009 à 08h42
Pourtant, cette saison est en train de s'annoncer...
Commentaire n°4 posté par Jim le 03/09/2009 à 13h52

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